vendredi 5 janvier 2018

Changer de nationalité signifie-t-il renier le Cameroun

Bonjour à tous

Le Cameroun, avec la Chine, est le seul pays au monde à ne pas reconnaître la double nationalité. Je me suis toujours demandé concrètement quel était l'intérêt de maintenir une telle décision en place, quand on sait que des milliers de camerounais dont des très hauts placés de cette république (je n'ai cité personne) ont d'autres nationalités. Des Camerounais d'origine, parfois très calés dans leur domaine, font face à des contraintes pratiques lorsqu'il s'agit d'investir ou de travailler dans leur pays d'origine, contraintes qui peuvent en décourager plus d'un.

Il faut préciser que j'ai toujours milité fermement pour le choix du passeport camerounais. Vu que nous n'avons pas la possibilité d'avoir une double nationalité, il valait mieux pour moi conserver son passeport camerounais. C'est de cette façon qu'on prouvait son attachement à notre pays et qu'on se serait impliqué, de gré ou de force, pour que le pays change. Quand on est calés, on est obligé de trouver des solutions vu qu'on n'a pas les moyens de fuir...

Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis...

Après quatre ans au Cameroun, je peux affirmer sans aucune honte que ma position a évolué sur ce point, pour plusieurs raisons que j'ai choisi d'énumérer dans ce post.

Nul n'est à l'abri d'une désillusion

J'ai voulu rentrer car j'avais un certain nombre de projets que je voulais mettre sur pied. Au delà de constituer une source de revenus complémentaires pour moi, je voyais ces "business" comme un moyen d'apporter ma petite pierre à l'édifice, en payant mes impôts et en employant quelques jeunes. Je reste particulièrement marquée par l'échec d'un de ces projets, qui m'a demandé une énergie monstre au cours de mes deux premières années au Cameroun et qui a du s'arrêter en raison des camerouniaiseries. Je ne suis certainement pas à l'abri de tout reproche vu que j'étais novice dans les affaires, mais si certaines habitudes n'avaient pas été institutionnalisées, l'histoire n'aurait certainement pas été la même. Lorsque j'ai mis la clé sous la porte, je me suis rendu compte que j'étais une chanceuse. Ce business n'était qu'un à coté. J'avais un emploi stable, et correctement rémunéré, et malgré la disparition de cette source de revenus, et la perte d'une partie du capital, je pouvais continuer à avoir une vie correcte et prendre soin de moi et de mon fils. Qu'en est-il de ceux qui mettent toutes leur énergie dans un projet porteur et qui perdent tout lorsqu'un individu lambda, du haut du perchoir qui lui a été offert, décide de le torpiller pour des raisons personnelles et foncièrement égoistes?

Nous ne sommes pas vraiment dans une société exemplaire. Les juges s'achètent, la police s'achète, les médecins doivent se faire acheter.... La liste peut aller à l'infini. Dans ce contexte, beaucoup peuvent tout perdre rapidement, sans véritables recours s'ils n'ont pas la chance d'avoir de bons soutiens, les pistons qu'il faut. Il suffit que la mauvaise personne décide de s'en prendre à vous, et vous voilà quasiment réduit à la mendicité. Je le savais avant de rentrer, mais entre entendre simplement des histoires qu'on peut juger exagérées, et être témoin soi-même des manifestations de la prise en otage du Cameroun par une poignée de personnes, il y a un gap, et je l'ai franchi.

Alors dans ce genre de contexte, avoir un plan B est le minimum. Et la double nationalité constitue un bon plan B, et le moins complexe à mettre en oeuvre pour ceux qui ont vécu longtemps à l'étranger, paradoxalement. Les conditions pour se faire naturaliser sont connues et ce n'est qu'une simple formalité pour beaucoup qui pensent pourtant à revenir s'installer au Cameroun.
Je sais que beaucoup de camerounais sont repartis en France ou aux Etats Unis après s'être correctement cassé les dents ici au Cameroun, se sont rebâtis une vie convenable, et ont réessayé d'investir au Cameroun, à distance cette fois. Ils ont pu le faire parce qu'ils avaient changé de nationalité. Je ne sais pas à quoi celà aurait servi qu'ils soient coincés ici, complètement à terre, sans moyen de se refaire. Et pour ceux qui seraient tentés de citer quelques cas de réussite, et sortir la belle rhétorique sur la persévérance, le travail et tout le bla bla bla habituel des bien pensants, sachez que pour un exemple de réussite, il y en a trente d'échecs. Donc redescendons tous sur terre.

Nul n'est à l'abri d'une maladie

J'ai ricané, très méchamment, lorsqu'une ènième personnalité publique est morte des suites de maladie, pendant la courte période précédant son évacuation sanitaire. Oui ce n'est pas indiqué mais je crois que le destin sait être très ironique. Nous voici dans un pays où tous ceux qui en ont les moyens se font soigner à l'étranger, laissant au poula poula des hôpitaux dépourvus de plateaux techniques dignes de ce nom, gérés par des médecins clochardisés.
J'ai assisté récemment à un exposé fait par une cancérologue camerounaise, qui expliquait que l'évacuation est la seule option pour certains types de cancers, pour lesquels nous n'avons pas les infrastructures. Cela signifie que si un malheureux faisant partie des 90% de camerounais incapables de se faire évacuer en tombe malade, il a juste signé son arrêt de mort.
Alors oui, pour cette raison, il est indiqué d'avoir les moyens de monter dans le premier avion pour arriver quelque part où on pourra recevoir des soins adéquats. Ces moyens peuvent être financiers, et tout le monde ne les aura pas. Pour ceux qui ne les ont pas, mais qui pourraient avoir des facilités à grimper dans le premier avion pour aller profiter des systèmes de santé, il ne faut pas hésiter. J'ai vu trop de morts stupides autour de moi pour ne pas inciter d'autres à prendre en compte ce paramètre dans leurs choix.

Au delà de cela, chaque être humain a ses limites

Il faut beaucoup de volonté pour supporter l'environnement anarchique que l'inertie de nos dirigeants a contribué à installer. Je vais prendre un exemple : le carrefour ndokoti. Celui qui est obligé de passer par là chaque jour, chauffeur, finit par développer un certain nombre de syndromes  : fatigue, irritabilité, tension élevée. Les motos ont pris la ville d'assaut et installé leur QG à ce carrefour où ils dictent leur loi sous le regard des policiers qui sont plus intéressés par les autres usagers qu'ils peuvent racquetter.
Regardez autour de vous. La ville de Douala est encombrée d'immondices. Hysacam n'est pas payé pour débarrasser les ordures. La salubrité devrait pourtant faire partie des priorités. Mais non.
Devrions nous faire de notre mieux afin que cette situation évolue dans le bon sens?
Oui, assurément.
Mais pour avoir été à un doigt de craquer, désormais je comprends ceux qui préfèrent avoir la possibilité d'aller voir ailleurs. Celà reste une forme de lâcheté, oui, mais au final, tout le monde n'a peut être pas l'étoffe d'un héros.

Pour faire bref, j'ai compris avec le temps que vivre au Cameroun c'est difficile, et que certains avaient le droit de vouloir la sécurité en prenant une autre nationalité. L'essentiel pour moi est de ne pas oublier d'où on vient, et d'essayer autant que possible d'apporter sa pierre à l'édifice, même à distance. Cela passe par autre chose que des posts facebook rageux, bien au chaud dans son canapé à Paris ou à Londres. Investir, tenter le pari de rentrer s'installer, réflechir, trouver des solutions, les proposer, essayer de les implémenter, s'impliquer en politique en soutenant un candidat... les options ne manquent pas.

Il faudrait aussi éviter de penser que changer de nationalité rend de facto supérieur aux autres camerounais ou constitue un passe pour toutes les bêtises. Combien de fois a-t-on trouvé des français, américains - camerounais en défaut, et ils se sont empressés de brandir leurs passeports étrangers pour se soustraire aux lois du Cameroun?
Je suis américain, je peux insulter les institutions camerounaises sans crainte, car dans le pire des cas, je ferai valoir ma nationalité.
Je suis français, si un policier m'embête parce que j'ai dépassé les limitations de visite sur l'axe lourd, je menace d'appeler mon ambassade.
Voilà l'autre drame de ce phénomène, qui traduit aussi le sentiment d'infériorité que nous avons intégré, face à l'occident. Souvent, je me demande si finalement, nous ne devons pas commencer par là, pour espérer nous en sortir réellement...

En attendant, bonne année 2018 à tous, et surtout n'oubliez pas... inscrivez vous sur les listes électorales!





jeudi 14 décembre 2017

Une histoire de migrants Part II

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Lorsque j'ai eu mon bac, je me suis directement envolée pour la France pour mes études. Je ne suis revenue en vacances au Cameroun pour la première fois que deux années plus tard.

Je n’ai pas particulièrement préparé ce retour. Je n’ai pas refait ma garde robe, je ne me suis pas équipée en maquillages, bijoux et autres.  Rien. J’avais les petites choses que j’avais pu accumuler en deux ans et c’était bien suffisant pour moi. De toutes les façons, j’étais étudiante, sans petit boulot en raison du planning chargé des classes préparatoires, et venant d’une famille modeste, je ne voulais surtout pas m’affubler d’une image qui ne correspondrait pas du tout à mes réalités. Au-delà de tout cela, au Cameroun, il y avait mon meilleur ami de l’époque, Oscar, qui était obsédé par Mbeng, et que je voulais absolument ramener sur terre.

Oscar vivait dans le même quartier que moi. . Il n’était pas dans la même école que moi mais trainait régulièrement devant le portail à la sortie des classes, délaissant ses propres études, qu’il a fini par abandonner en classe de troisième, alors qu’il n’était pas bête, juste perturbé, et obnubilé par la France et les US. Tout au long de mes années de collège, il avait fini par passer pour le clown de service auprès de la plupart de mes camarades de classe, surtout les filles, qu’il ne manquait jamais de draguer assez lourdement dès que l’opportunité lui était présentée, en parodiant les stars américaines des clips de l’époque.

Vous pouvez vous demander comment j’ai fait pour devenir amie avec quelqu’un comme ça, moi qui à l’époque était concentrée sur mes études… Oscar était foncièrement gentil. Au-delà de la stupidité caractéristique dont il pouvait faire preuve dès lors qu’il fallait parler de tout ce qui se trouve au-delà des océans, c’était quelqu’un de très humain et très bon, qui était devenu un grand frère de substitution pour moi. C’est la première personne que j’ai décidé de « sauver » dans ma vie. J’étais devenue la voix de la raison, à lui expliquer régulièrement que la France et les US n’étaient pas le paradis, et qu’il fallait qu’il essaie de se battre localement pour faire quelque chose de sa vie, qu’il fallait qu’il reprenne ses études, ou qu’il fasse une formation, pour avoir une base. Bien sûr, je prêchais dans le vent, et mon départ lui a juste permis de dire « tu vois… toi-même on te fait partir. Il n’y a rien de bon ici, je te dis ».

Quand je suis revenue en congés, j’ai donc tenu à rester la plus naturelle possible, afin de ne pas lui donner de fausses idées sur la France. Ca n’a pas du tout marché. Je n’étais pas la seule « panaméenne » à revenir en congés, mais vraisemblablement, j’étais la seule à ne pas être en mode « je vais vous en mettre plein la vue ».
Tous les weekends, des étudiants en France comme moi, dont je connaissais les difficultés, écumaient les boîtes de nuit avec une suite de courtisans, qu’ils arrosaient à coup d’euros qu’ils avaient minutieusement économisés les mois précédant leur retour… Chacun tenait à avoir des fringues de marque, de jolies chaussures, le téléphone dernier cri…. Le nombre de souscriptions à certains forfaits chez SFR a dû exploser à la veille des vacances d’été : le téléphone est pris, débloqué quelque part vers Barbès avant le retour, et on se pavane dans Douala avec pendant un mois, en sachant pertinemment qu’on va avoir des problèmes avec la banque et SFR dès le retour quand on ne pourra plus payer les traites obligatoires pendant un an. Mais ce n’était pas grave…  il fallait absolument tenir le rang de « panaméen ».
Je me souviens encore de cet ancien camarade qui m’a froidement dit à une fête à laquelle je participais une semaine après mon arrivée : « tu ne ressembles pas à quelqu’un qui vient de Mbeng ». Tenez vous bien, je n’étais pas vêtue de haillons hein… juste pas assez sophistiquée à son goût. En plus, je prenais le taxi… Je ne vous cache pas que j’avais été blessée dans mon orgueil et qu’à ce jour, je continue à le traiter intérieurement de « chouagne » quand je le croise…

Tout le laïus que j’ai préparé pour Oscar n’a servi à rien. J’ai eu beau lui dire que c’était dur,  lui parler du froid et du calvaire des sans abris, lui dire que certaines personnes qui se la racontaient quand ils étaient en vacances au pays faisaient des escroqueries à la carte bleue et flirtaient avec la prison, que d’autres avaient des emplois tellement dégradants que lui ne pourrait jamais accepter de le faire, que certains allaient jusqu’à emprunter des vêtements en prévision de leurs vacances aux pays, qu’il fallait commencer par apprendre à se battre au Cameroun…. Il est simplement arrivé à une conclusion : je lui mentais pour le décourager. Et je voyais comment l’attitude de certains autres en congés le plongeait un peu plus dans un état de psychose avancé… Il fallait absolument qu’il parte du Cameroun lui aussi !

Quand on avance dans la vie, on finit par se séparer des personnes qui ne vont pas dans le même sens. Inéluctablement, les années qui ont suivi, j’ai cessé d’être amie avec lui. Pendant que j’avais des préoccupations pragmatiques, sur mes études, ma carrière, préparer mon retour, Oscar restait enfoncé dans son obsession:  il m’envoyait régulièrement des messages lui demandant de lui trouver une de mes camarades de classe blanche, « du genre bien laide, bien bête, mais bien riche », qui pourrait le faire monter à Paname. Entre temps, il ne faisait absolument rien de sa vie, et vivotait en quémandant à gauche et à droite. J’ai fini par perdre sa trace, sa mère ayant elle-même fini par le mettre à la porte.

Nous voici rendus quelques années plus tard. Mon petit frère alors étudiant au Maroc m’envoie un message un jour. « Oscar est chez moi ».  « Oscar ? Quel Oscar ??? »
C’était bien notre ancien voisin du quartier, qui était en « transit  au Maroc, en route pour Mbeng. Oscar s’est rendu au Mali à partir du Cameroun (les Camerounais n’auraient pas de difficultés à s’y rendre), a ensuite fait de faux papiers maliens, et est arrivé au Maroc. Son objectif était d’arriver en Europe, et en attendant de trouver le moyen de passer le canal de Suez, il cherchait un toit, et s’était rendu chez mon jeune frère. Je suis tombée des nues, face à toute cette détermination. Oscar avait été incapable de faire le moindre travail au Cameroun, jugeant tout indigne de sa personne, mais il était prêt à tout pour arriver en Europe, y compris à s’appeler Ali Keita. J’ai repris contact avec lui et je lui ai demandé de trouver rapidement une solution et de quitter la chambre de mon petit frère. A ce moment là, la seule chose qui m’importait était de préserver la tranquillité de ce dernier qui était au Maroc pour étudier, et pas pour autre chose. Il m’en a voulu à mort, et je n’ai plus eu de ses nouvelles pendant de longues années.
Aujourd’hui, Oscar serait quelque part à Nice. Oui, il a fini par arriver où il voulait arriver. Je ne sais pas comment il a fait. Je ne sais pas s’il a pris un bateau ou s’il a pris les papiers de quelqu’un. La dernière fois que j’ai eu de ses nouvelles, c’est par une ancienne connaissance commune qui travaille désormais au Congo, qui m’a expliqué qu’Oscar depuis Nice continue à lui demander de le faroter. Comme quoi, sa vie n’a pas vraiment changé. J’aimerais bien le revoir aujourd’hui, pour comprendre s’il a enfin réalisé qu’il a poursuivi une chimère toute sa vie.Il aurait mis la même détermination à finir ses études qu'il aurait même pu aller jusqu'au doctorat. Mais, il ne rêvait que de la France et des US, parce qu'il a vu les autres avec de belles fringues et de grands parfums.

Que peut-on faire pour ce genre de personne qui existeront toujours? Honnêtement je ne sais pas. On aura beau leur parler, rien ne changera dans leur tête. C'est déjà quasiment pathologique. Mais j’en appelle quand même à la responsabilité de tous ceux qui vivent hors du Cameroun. Il est tout à fait humain de vouloir montrer qu’on a réussi, ou simplement de vouloir sauver la face, mais il n’est pas indiqué de vendre des illusions à ceux qui sont restés. Il n’est peut être pas facile d’avouer qu’on a du épouser une femme qui a le double de son âge pour arriver à avoir une situation stable, il n’est pas évident de dire à tous ceux là qui nous admirent et nous encensent que l’argent que nous sommes en train de flamber correspond à plusieurs mois d’économie… Mais il faut apprendre à le faire. Parce qu’il y a des faibles d’esprit. Parce qu’il y a des personnes qui ont besoin de redescendre sur terre. Parce qu’il suffit simplement de la prise de conscience que dans tous les cas, il faut se battre, pour parfois inciter ceux qui sont sur place à se retrousser les manches au lieu de concentrer leur énergie à entamer un périple qui leur coûtera peut-être la vie.  En réalité, ce qui compte ce n’est pas où on veut géographiquement arriver, mais où on veut arriver dans la vie,  et nous devons éviter d’induire nos compatriotes en erreur en les amenant à croire que les deux se confondent, en leur montrant exclusivement une vie de paillettes.

lundi 11 décembre 2017

Une histoire de migrants part I



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Lorsque je le vois pour la première fois, il est dans le bureau d'une de mes collègues, avec un sac plein de vêtements, qu'il essaie de lui vendre. Je m'arrête, et je regarde aussi ce qui est proposé. Je trouve quelques articles intéressants et je prends son contact, en lui proposant de revenir la semaine d'après avec d'autres articles de ce genre. Pour une paresseuse comme moi qui n'est adepte que du shopping sans effort -c'est à dire en ligne- ce jeune homme est une aubaine.

Il s'appelle Alain et il a une trentaine d'années. C'est un vendeur de vêtements, qui a une boutique à Ndokoti, et un portefeuille de clientes privilégiées vers qui il se déplace lorsqu'il a des articles qui pourraient les intéresser.

Il est revenu la semaine d'après, et je lui ai acheté deux robes que j'ai trouvées particulièrement jolies. J'ai maladroitement essayé de négocier au niveau du prix et puis ma nature expéditive m'a rattrapée. J'ai fini par les prendre pas très loin du prix taxé, mais à un prix toujours plus intéressant que celui des boutiques huppées d'Akwa qui s'approvisionnent aussi... chez lui. C'est ainsi que s'est tissée une relation d'affaires. Il savait à peu près le type de vêtements qui me plaisait, et m'envoyait régulièrement des whatsapp chaque fois qu'il y avait un arrivage susceptible de m'intéresser. Lorsque mon attention était piquée, je l'invitais à passer au bureau et je prenais ce qui m'intéressait, en le dédommageant pour son déplacement.

Ca a duré environ six mois, et puis du jour au lendemain, Alino, comme on l'appelait, a cessé de m'envoyer des messages. N'étant pas une acheteuse compulsive, je ne l'ai cherché qu'une fois, après quelques mois, mais sa réponse a été molle et il n'est pas venu au bureau comme d'habitude. Six autres mois sont passés. Ma collègue, qui habitait dans le même quartier de lui, m'a signalé qu'elle ne savait pas où il était passé, mais qu'elle continuait à voir ses enfants de temps en temps dans le quartier.

Nous voici rendus en Décembre 2017, plus d'un an après la dernière fois que j'ai vu Alino.

Aujourd'hui, j'ai été informée qu'il est mort en Libye. Les derniers reportages de CNN et le retour des migrants organisés par les autorités camerounaises ont permis à sa famille de prendre des renseignements auprès de ceux qui l'ont croisé là bas.

Alino est mort noyé dans l'eau, lorsque l'embarcation qui le transportait a chaviré. Je n'étais pas particulièrement proche de lui, mais j'ai pensé au type de personne qu'il était, très battant et débrouillard, prêt à tout pour gagner sa pitance et s'occuper de ses enfants. Et je me suis rappelé qu'il y avait certains "bien-pensants" dont la réaction avait été de fustiger les "paresseux" qui refusaient de se battre au Cameroun et préféraient sacrifier leur vie sur des chemins tortueux dans l'espoir d'atteindre l'eldorado européen, au lieu de "travailler".

Alino était marié. Quelques mois avant son départ, son épouse a pris la route et est arrivée en Italie, en passant par cette même Libye. Elle a commencé à se débrouiller et à envoyer de temps en temps un peu d'argent pour aider son mari qui est resté avec les enfants. Ces euros ont été une véritable aubaine mais ils étaient loin d'être suffisants, dans une famille où tout le monde était dans la pauvreté, et où la moindre maladie était synonyme de mort. Alino se débrouillait, de toutes ses forces, mais c'était loin d'assurer la présence d'un repas dans le plat de ses enfants chaque jour, avec les agents des impôts qui ne manquaient pas de le racketter à l'occasion. Alors, ils ont décidé ensemble, qu'il était préférable qu'Alino laisse les enfants à la grand mère, et qu'il la rejoigne, pour qu'ensemble ils continuent à se battre pour sortir définitivement leur famille de la misère.

A-t-il évalué les risques avant de se mettre en route? Certainement. L'a-t-il fait parce qu'il refusait de se battre au Cameroun, où était trop paresseux pour retrousser les manches? Non. Alino était debout tous les jours à cinq heures, pour être le premier au déballage, travaillait parfois jusqu'à la tombée de la nuit, pour s'occuper de sa famille.  Mais c'était clairement insuffisant pour mettre sa famille à l'abri du besoin, et surtout, il ne voyait pas le bout du tunnel. Alors il a préféré mettre sa vie en jeu, pour rejoindre un environnement où l'espoir semblait permis pour lui. Et il y a laissé sa vie.

Je pense à tous ces bienheureux qui ont eu la chance de naitre avec plus de chances que d'autres, et qui se sont permis à la suite des reportages de CNN de porter des jugements hâtifs sur les motivations de ces différents migrants. Le fait que certains aient vu la mort, et soient prêts à repartir une fois la cagnotte reconstituée devrait plutôt nous interpeller : qu'est devenu le Cameroun pour que nos frères camerounais soient prêts à affronter l'enfer pour en sortir? Sont-ils tous vraiment les rêveurs, naifs, paresseux que certains ont décrits? 

Paix à l'âme d'Alino et de tous ces autres à qui on a enlevé l'espoir.

samedi 21 octobre 2017

Cameroun, mon pauvre pays


Bonjour à tous et à toutes

Je suis particulièrement en colère aujourd'hui, pour plusieurs raisons.

Il y a un an, jour pour jour, des centaines de camerounais perdaient la vie à Eseka dans un accident ferroviaire, le plus grave de l'histoire de notre pays. Les chiffres officiels annoncent 79 morts, mais mentir effrontément dans l'espoir d'atténuer la gravité des faits, comme l'ont fait sans vergogne nos officiels en dépit des témoignages des survivants, ne changera rien à ce qui s'est réellement passé. Nous avons pleuré, nous nous sommes indignés, nous avons demandé des comptes et voulu un changement dans les méthodes de gestion de ce pays, qui permettrait que cela ne se reproduise plus jamais. Aujourd'hui, un an plus tard, force est de constater que ceux qui nous dirigent se complaisent dans la médiocrité et n'en ont strictement rien à cirer des répercussions de leur incompétence sur les Camerounais Lambda.

Je me souviens comme d'hier, de l'enchaînement des évènements qui ont conduit à cet accident funeste. Tout a commencé par l'effondrement d'une buse sur le fameux "axe lourd", qui relie Douala à Yaoundé, une route étroite, sinueuse, et qui en temps normal est déjà le théâtre de nombreux accidents mortels régulièrement.  Entre l'année dernière et aujourd'hui, deux autres buses se sont effondrées sur cet axe, à quelques mois d'intervalle, occasionnant des désagréments importants. Et d'autres continueront à s'effondrer, vu qu'aucun plan ne semble avoir été mis sur pied pour procéder à un entretien général. On n'aurait pas suffisamment d'argent... pour ça. Mais on s'endette à coups de milliards pour acheter des stades en préfabriqués qui semblent aussi s'être perdus en route. Bref...
Nous avons tous vu l'impact de l'effondrement des buses, mais rien n'est fait pour éviter et prévenir les prochains effondrements. Le ministre des travaux publics se contente de débarquer à chaque incident avec sa cape de super héro devant les caméras, pour jurer que la situation est sous contrôle. Le fait qu'il ne se sente pas vraiment ridicule en dit long sur l'état d'esprit général de ce gouvernement: on n'anticipe rien, on subit tout, et on est nés avant la honte.
Au delà de l'entretien de cette route, le niveau d'avancement du premier tronçon de l'autoroute Douala-Yaoundé, est à un taux ridiculement bas par rapport aux délais. Un pays comme le Cameroun a ses deux principales villes reliées par une piste goudronnée, et on ne se presse pas de construire l'autoroute. Est-on incapable de mener un projet correctement, dans les temps? Mais merde quoi... Il y a des milliers et des milliers d'ingénieurs camerounais certifiés PMI, mais je suis quasiment sure qu'aucun d'eux n'est en mesure de réaliser le miracle, lorsque le dernier mot revient à des bureaucrates kleptomanes dont les comptes bancaires sont déjà devenus obèses, à force de se goinfrer aux frais du contribuable.

Lorsque la buse s'est effondrée et il a été impossible de relier les deux villes par route, tout le monde s'est rabattu chez Camrail, pour prendre le train. Et là une fois de plus, les Camerounais ont étalé leur irresponsabilité et leur incompétence. L'analyse de risques qui a été faite avant de prendre la décision d'accrocher des rames supplémentaires, si elle a eu lieu, a été totalement baclée. Il ne fallait pas être particulièrement expert des questions ferroviaires pour savoir que le risque était trop important, avec des voitures dont le système de freinage intrinsèque était déjà connu pour ne pas être fiable. Je répète les questions que j'ai posées il y a un an déjà : qui a acheté ces voitures? qui a donné l'ordre d'attacher ces voitures, malgré les réserves du chauffeur? Aujourd'hui, un procès est en cours. L'ancien directeur général de Camrail, est à la barre, mais j'ai presqu'envie de dire que c'est trop facile. Une grande partie des responsables de ce drame, des causes immédiates à la cause racine qui est l'acquisition de voitures défaillantes, est encore en liberté et bien en place chez Camrail, et ce sont des Camerounais. Oui, nous sommes nos propres ennemis.

Un an plus tard, qu'avons nous retenu? Qu'avons nous fait pour que plus jamais nos larmes ne coulent à ce point? Rien.

Une cérémonie en hommage aux victimes est actuellement en cours à Eseka. Le Président de ce pays n'a pas jugé nécessaire d'écourter ses congés à Geneve pour venir en personne rendre un hommage à ces camerounais qui ont perdu leur vie dans le lit de l'incompétence qu'il a contribué à institutionnaliser. D'ailleurs, je me demande si il est toujours le Président de ce pays. J'ai parfois l'impression qu'il n'est plus au contrôle de rien, mais que les chacals le laissent volontairement sur le devant de la scène pour qu'il encaisse toutes les coups, pendant qu'ils agissent dans l'ombre et continue de torpiller le Cameroun.

Je pense aux familles qui ont perdu des êtres chers, à ceux qui n'ont jamais eu l'opportunité de faire leur deuil, en l'absence de corps, à tous ceux dont la vie a inéluctablement basculé à la suite de ce drame, ceux qui sont encore handicapés à ce jour... Je pense à eux, et je suis en colère contre tout le monde : contre nous qui acceptons passivement de nous faire traiter comme de la merde par des gens qui sont payés grâce à nos impôts. Contre ces mêmes gouvernants qui ont perdu tout sens des réalités et font autant de mal à ce beau pays pourtant doté de ressources matérielles et humaines si importantes. Patience à ceux qui sont dans la douleur aujourd'hui. Et que mes frères, soeurs et enfants reposent en paix.

Je suis en colère aujourd'hui.

Nous devrions être un pays prospère. Nous avons tout pour l'être. Les Camerounais sont DOUES. Je suis fière de voir mes frères et soeurs camerounais s'imposer partout, en particulier HORS des frontières du pays où les conditions sont réunies pour qu'ils éclosent. Combien de nos compatriotes sont des sommités , respectés à travers le monde par leurs pairs? Que ce soit en économie, finances, technologie, littérature, médécine. Nous avons un pays béni, mais par un miracle du destin, nous avons réussi à le confier à des INCAPABLES qui pensent d'ailleurs qu'ils vont pouvoir perpétuer le système en plaçant leurs enfants dès aujourd'hui à des postes clés, en s'appuyant sur leur école de MERDE qu'est l'ENAM.

Je suis en colère aujourd'hui.

Nous vivons dans un pays où les seuls qui ont le droit de manifester ce sont les flagorneurs en chef. Les marche de remerciements à Paul Biya et les marches du RDPC, pour quelque motif que ce soit, ont toujours l'assentiment des autorités, mais jamais celles des autres, qui sont en dissonance avec le pouvoir de Yaoundé. Nous nous sommes accommodés à une dictature. La liberté de manifester est garantie par la constitution, mais elle est piétinée sans vergogne.
Je pense à mes frères et à mes soeurs du Nord Ouest et du Sud Ouest qui ont été tués sans le moindre état d'âme par des forces de l'ordre qui en parallèle, sont incapables d'assurer la sécurité des citoyens. Boko Haram au Nord est incontrôlable. Ici à Douala, faites vous braquer un jour et appelez dans un commissariat ou une gendarmerie. Vous vous entendrez peut être répondre qu'il n'y a pas d'essence dans les véhicules. Mais quand il s'agit de sortir la matraque pour battre son compatriote qui au final ne réclame que de meilleures conditions de vie, ils sont très forts.
Aujourd'hui, l'opposition Camerounaise a prévu une marche en soutien aux populations du Nord Ouest et du Sud Ouest dans la ville de Douala. Bien évidemment, elle a été interdite pour les motifs les plus empreints de mauvaise foi qu'on aurait pu trouver. Je n'en veux pas personnellement à ce sous-préfet, qui n'a probablement fait qu'obéir aux ordres de ses supérieurs hiérarchiques. Mais j'ai honte. Franchement j'ai honte d'être camerounaise. J'ai honte de me sentir impuissante et de ne pas avoir le courage de dire à ceux qui nous dirigent que j'en ai marre de leurs conneries, autrement que via ce genre de post.

21 Octobre 2017. Je suis en colère et j'en ai marre d'être dans le Cameroun que je connais aujourd'hui.





samedi 30 septembre 2017

Au Banquet des Elites



Un jour, dans une contrée très lointaine, un banquet gigantesque est organisé et tout le peuple est convié. Afin d'assurer que tout le monde y trouverait son compte, quelques individus sont nommés pour gérer le service, et effectuer la navette entre les cuisines et la table, pour maintenir à flot cette dernière, avec les meilleurs mets. Ces quelques individus sont appelés "Elites". 

La fête débute.Très rapidement, et au grand étonnement de tout le peuple présent à la célébration, les élites se sont installées à table, et ont demandé au peuple de s'asseoir par terre, à proximité. Elles ont commencé à se goinfrer d'un repas clairement gargantuesque pour leur petit nombre, et de temps en temps, ont jeté les restes de leurs assiettes par terre pour nourrir le peuple. Au mépris total des règles énoncées au début de la célébration!

Afin de s'assurer qu'à aucun moment, un des invités ne se jetterait sur eux, les élites ont choisi quelques personnes dans la foule, à qui ils ont promis des restes plus intéressants qu'aux autres, et leur ont demandé de s'assurer que leurs congénères ne viendraient pas troubler leur repas. C'est l'armée, leur chien de garde.
Et voilà le peuple qui se transforme progressivement en animaux agressifs, à se battre pour les os jetés par une élite gourmande. De temps en temps, certaines de ces élites ont mal à l'estomac et connaissent des troubles digestifs. A ce moment, on évacue de la table et on tire au sort parmi les malheureux assis par terre pour promouvoir une nouvelle élite. 


A un moment, une portion des invités s'emporte. "Était ce ainsi prévu que nous devrions nous asseoir par terre pour mendier ce qui nous revient de droit? Ne sommes nous pas des invités au même titre que tout le monde à cette fête". Cette portion de la population s'insurge de plus en plus et finit par demander qu'une partie de la table soit détachée complètement du banquet et qu'ils puissent s'asseoir pour pouvoir se nourri convenablement. 

Curieusement, l'autre portion des invités n'adhère pas à cette démarche.
"Pourquoi voulez vous qu'une table soit détachée du banquet pour vous? N'avons nous pas tous faim?"
"Tout à l'heure, quand l'élite Samuel a eu une diarrhée, c'est de votre côté qu'on a choisi la dernière élite non?". 
"La fête se passe quand même bien, même si nous avons faim, vous voulez en plus provoquer une bagarre?"
"On a jeté de gros os tout à l'heure de votre côté, de quoi vous plaignez vous? Nous n'avons quasiment rien eu de ce coté"

Et c'est ainsi qu'au lieu de joindre toutes les voix pour réclamer la justice et l'instauration de la normalité, le peuple se met à s'entre-déchirer sous les regards satisfaits des élites et des chiens de garde, qui veillent à ce que personne ne s'approche de la grande table où ils continuent à s'empiffrer.

Sauf que la table est de moins en moins garnie, et par conséquent les miettes envoyées par terre aussi sont de plus en plus insignifiantes. La portion qui s'est rebellée en premier maintient sa démarche et jure qu'elle arrachera une partie de la table pour pouvoir s'asseoir, et se servir. L'autre portion du peuple a de plus en plus faim, et est de plus en plus excédée à son tour par les élites... Les querelles intestines se maintiennent au sein du peuple, mais il est de plus en plus affamé... Ventre affamé n'a point d'oreilles.... Comment se terminera cette fête?

A Suivre....

jeudi 8 juin 2017

Part II... La route ne tue pas...



Quand je venais juste de démarrer ce blog, j'ai rédigé un article sur la route au Cameroun... Je savais que je ne pouvais pas traiter le sujet de façon exhaustive et j'avais à l'époque intitulé le billet "Part I... la route ne tue pas", avec pour ambition de revenir continuer à déblatérer sur le sujet. Bien des mois (des années) après, je me rends compte que je n'ai jamais pris la peine de continuer cette série sur les problèmes routiers que nous connaissons dans ce pays. En réalité, je crois que j'ai tellement été dépassée par le niveau de désordre que je n'ai plus trouvé les mots pour pouvoir qualifier ce triste spectacle auquel j'assistais.

Pourquoi je me décide à recommencer ce soir? J'ai assisté il y a quelques jours à une scène qui m'a secouée. Certains diront que je l'ai été plus que nécessaire : après tout, après trois ans et demi passés au Cameroun, certaines scènes d'horreur devraient faire partie de mon quotidien... Il suffit d'allumer sa radio le matin pour entendre parler de ces motos écrabouillées par des camions, des agressions à main armées, des viols sur mineurs, des accidents de la route sur nos grands axes, de personnes fauchées par des motos... Mais non, je crois que je ne serai jamais anesthésiée face à l'horreur.

J'ai vu un piéton se faire faucher par une voiture. En plein embouteillage. Oui, un putain d'embouteillage où toutes les voitures sont rangées à la queue leu leu et doivent attendre quinze minutes pour parcourir un mètre. Comment cela a-t-il pu se produire, alors que le monsieur était sur le trottoir? Simplement parce qu'au lieu de faire comme tout le monde et patienter le temps que la police présente sur les lieux fluidifie la circulation, certains camerounais ont décrété qu'ils étaient plus pressés que le reste du monde, que leur temps à eux était plus précieux, et ont commencé à rouler sur le trottoir. Et une personne parmi ce tas d'idiots est allée percuter une glissière et a perdu le contrôle de sa voiture, fauchant au passage une personne qui marchait tranquillement à l'autre bout du trottoir... Ce qui est encore plus triste dans toute cette situation, au delà de la vie de cet homme qui est peut être perdue aujourd'hui, c'est le fait que la responsable de l'accident pourra potentiellement passer en travers les mailles du filet. On est au Cameroun et la bonne dame conduisait un Nissan 4x4 neuf. Autant dire, qu'elle vient potentiellement d'une classe sociale qui n'a pas souvent trop de mal à passer à travers les mailles du filet. J'espère sincèrement que la famille de la personne fauchée ne lâchera pas l'affaire.

Ce comportement irresponsable est la NORME dans la circulation routière au Cameroun. Personne ne respecte rien et l'incivisme est à son paroxysme. Et gardez vous bien de vouloir bien faire et de vouloir sensibiliser vos compatriotes à mieux faire.

Je me fais insulter régulièrement parce que je respecte systématiquement un feu rouge. Un monsieur plus que respectable est allé un jour jusqu'à descendre de son véhicule pour venir m'apostropher parce que je refusais d'avancer tant que le feu n'était pas repassé au vert. Le comble c'est qu'un poste de police est situé à ce carrefour là, mais la potentielle présence de la police n'a pas l'air de dissuader les usagers qui s'inventent une flèche orange imaginaire qui justifierait le droit de traverser pour aller à droite.

Toutes les catégories d'usagers sont concernées par les bêtises. Les automobilistes, taxis, motos et camionneurs s'insultent entre eux mais il n'y a personne pour rattraper l'autre.
Commençons par mes ennemis préférés.
Je travaille en zone industrielle, et je suis obligée de passer par Ndokoti tous les matins. J'ai développé une inimitié particulière pour les motos et les camions.

Les conducteurs des motos sont juste idiots, pour la plupart. Partez de ce principe simple, et vous sauverez la vie de plusieurs d'entre eux derrière votre volant. Ils s'emmitouflent dans des doudounes, des blousons, écharpes, gants et bonnets, sous un soleil ardent avec une température à l'ombre de 35°, et cet équipement les persuade qu'ils sont immortels. Ils entrent dans des bras de fer incompréhensibles avec des voitures, parfois mêmes des camions, se comportant comme si ils ne sont pas les plus exposés. Les feux rouges ne les concernent jamais, sauf éventuellement les jours où les policiers en charge de la circulation durcissent le ton et se munissent de bâtons pour fouetter les plus intrépides d'entre eux. Le sens de la circulation aussi ne semble pas les concerner. Ils roulent dans tous les sens, sans aucune gêne, allant même jusqu'à vous insulter si vous les gênez. Les dépassements sont incontrôlables, à gauche comme à droite et ils n'hésitent pas à s'arrêter en plein milieu de la chaussée pour déposer ou prendre leurs clients..
90% des embouteillages à Ndokoti sont dûs aux motos (et aux piétons, mais on en reparlera).
Quand j'observe leur comportement, derrière mon volant, et que je pense au nombre incalculable de fois où j'ai dû faire face à un d'eux, prenant sur moi de penser à leur sécurité à leur place, je suis confortée dans ma position qui est de ne JAMAIS prendre la moto, quelles que soient les circonstances. J'ai eu recours aux deux roues deux fois dans ma vie : une fois en 2003, et une fois il y a deux semaines, juste pour voir quel effet ça faisait. Cette statistique ne risque pas de changer de sitôt. On pourrait croire qu'ils troquent systématiquement leurs cerveaux en échange de leurs deux-roues.
J'en viens à apprécier particulièrement les jours de forte pluie. Certes, il est difficile de circuler même en voiture, avec les mini-lacs qui se forment encore ça et là, et la faible visibilité, mais la pluie a ceci de merveilleux qu'elle oblige les motos à déserter les routes. Il n'y a rien de plus reposant que d'arriver au travail le matin sans avoir eu à s'inquiéter de sa carrosserie ou de se retrouver avec un corps sur les bras.

Parlons maintenant des camionneurs. Déjà, il faut comprendre que le Cameroun est le cimetière de tous les camions destinés à la casse en Europe.  Ce qui signifie que très peu de camions en arrivant ici répondent encore réellement aux normes élémentaires en matière de sécurité. Il y a certains camions qui sont de façon visible tellement vieux que je me dis que le chauffeur risque le tétanos à chaque fois qu'il se glisse dans la cabine. Si on rajoute à cela le nombre de visites techniques qui sont obtenues en glissant un billet au contrôleur, sans que le contrôle ne soit réellement fait, vous comprenez qu'il faut absolument se méfier des camions. Ayez peur si il y en a un sur une descente derrière vous, ou sur une montée devant vous. Fuyez! Le cas des freins qui lâche est tellement courant qu'entendre parler des accidents liés à cette défaillance fait quasiment partie du quotidien.
On peut aussi parler de ces containers et cargaisons amarrés à la va-vite qui se renversent et écrasent d'autres usagers. Je m'interroge régulièrement sur la règlementation à ce sujet et sur les mesures de sécurité qui sont prises dans les entreprises pour sécuriser leurs chargements. Je connais au moins trois cas tragiques qui se sont produits depuis que je suis rentrée et d'autres moins tragique : lorsque la bière se renverse en route par exemple. Généralement les populations sont contentes de l'aubaine et se précipitent pour sauver les bouteilles qui peuvent encore l'être mais parfois je me demande si ils sont conscients que ces casiers auraient pu s'effondre sur quelqu'un et le tuer...
Aucune mesure ne semble être prise par nos pouvoirs publics pour arriver à maîtriser tous ces accidents dans lesquels des gros transporteurs sont impliqués. A chaque accident, il y a la consernation générale, et puis plus rien. "On va faire comment?!". Voila la formule consacrée des camerounais.
Au delà de l'état lamentable des véhicules, on peut aussi parler de la méchanceté des camionneurs. Je ne trouve pas d'autre mots pour qualifier leur attitude sur les routes. Vu que je travaille en zone industrielle, j'ai le loisir d'admirer leurs prouesses tout le temps. Un gros porteur, avec une charge, qui roule à 70km/h alors que la limite est fixée à 50km/h? Rien de surprenant. Ceux qui le verront venir s'écarteront ou mourront. Après tout, ne sont-ils pas invincibles et immortels du haut de leurs cabines? Ils n'hésitent pas à forcer et à faufiler, un comportement que je trouve particulièrement irresponsable, car les conséquences d'un accrochage avec un camion sont potentiellement les plus graves. Autant, avec les motos il faut apprendre à les éviter de peur de les tuer sans que l'idée de leur propre mort ne les effraie, autant il faut éviter les camions car l'idée de vous tuer ne les perturbe pas plus que ça non plus.

Une nouvelle calamité a fait son apparition depuis quelques années : les tricycles. Ils sont pourtant bien pratiques pour les petites livraisons et les déménagements dans la ville mais il se pose plusieurs problèmes. Premièrement, la plupart ne sont pas munis de rétroviseur. Ils ne roulent pas très vite sur les routes, et quand l'envie vous prend de les dépasser, vous n'êtes pas à l'abri d'un braquage soudain à droite ou à gauche, le tout bien sans qu'aucun clignotant n'ait signalé auparavant son intention de bifurquer. . Deuxièmement, ils n'ont pas l'air de maitriser leurs gabarits. Ils essaient aussi de se faufiler, généralement dans des espaces où leur chargement lui, passe difficilement. Ils sont actuellement la plus grande cause de rayures et de chocs mineurs sur les carrosseries. Bien sûr, ça reste bénin, mais les carrossiers n'ont jamais travaillé gratuitement.
Maintenant, parlons les taxis. Eux, ils pensent pouvoir s'arrêter et repartir à leur guise, sans utiliser de clignotant ou sans regarder leur rétro, pour prendre et décharger leurs clients. Une proportion non négligeable d'entre eux n'est pas propriétaire des véhicules qu'ils utilisent, et par conséquent, ils s'en foutent des dégâts éventuels sur leur voiture. Tout ce qui leur importe c'est de gagner du temps. Celui qui va forcer le passage avec un taxi a de fortes chances de perdre son bras de fer. Il va finir avec des rayures qu'il devra payer pour enlever, pendant que le taxi s'en foutra des dégâts sur sa voiture. Le soir après le service, il expliquera au patron qu'un monsieur l'a gratté et s'est enfui.

Pour finir, je vais parler des piétons, mais pas n'importe lesquels, ceux de Ndokoti. Il m'est arrivé de ne pas avoir de voiture et de devoir marcher dans cette zone. Je me suis toujours à traverser prudemment et à rester sur le trottoir. Mais cette attitude n'est pas le cas de tout le monde. Certains piétons contribuent hautement à l'anarchie qui règne en ce lieu. On traverse n'importe où, n'importe comment, on supplie les voitures de s'arrêter parce qu'on veut passer, on marche directement sur la chaussée... Pourtant, il y a des feux qui fonctionnent. Mais comme les motos, les piétons considèrent qu'ils ne sont pas concernés. Le résultat premier sont ces embouteillages permanents qui règnent à Ndokoti. Je suis d'avis que le fameux échangeur que tout le monde réclame à cet endroit n'est pas encore nécessaire. Si les Camerounais arrivaient à faire preuve d'un minimum de discipline, on respirerait un peu mieux dans cette zone.

Je peux m'étendre encore et encore, et poursuivre mon coup de gueule advitam eternaem. J'en ai particulièrement marre du stress permanent dans lequel je me retrouve chaque fois que je dois prendre le volant. J'en viens presque à envier les baos de Yaoundé et leurs grosses cylindrées qui se font vider la route systématiquement lorsqu'ils veulent passer. Si je pouvais aussi avoir cette chance, j'aurais certainement la migraine moins souvent.

Je souhaiterais sensibiliser chacun de mes compatriotes. Comme dans la plupart des secteurs; on a beau désigner le premier coupable Paul Biya, mais en réalité chacun de nous apporte sa pierre à l'édifice du désordre ambiant. Avez vous des fusils pointés sur vos tempes lorsque vous allez boire "quelques" bières et que vous vous retrouvez à prendre le volant pour finir encastrés dans des mûrs? Entendez vous une voix depuis Etoudi vous susurrer d'essayer de forcer et de vous faufiler pendant les embouteillages parce que vous ne pouvez pas patienter? Qui vous oblige à vous comporter de façon indisciplinée et incivique? Quand vous êtes repris, n'êtes vous pas les premiers à dire "aah, celui là se prend pour qui?"

Finalement, on n'a que le pays qu'on mérite.

lundi 27 mars 2017

J'ai donc été à Bota Beach House....



Bonjour à tous

Je ne sais pas si je l'ai souvent dit ici, mais un de mes passe-temps favoris est le voyage. N'étant pas assez riche pour m'offrir des séjours à travers la planète, j'essaie autant que possible de me rattraper au niveau local, surtout que nous avons quelques pépites au Cameroun qui valent vraiment le détour...
Dès que je m'ennuie ou que l'opportunité se présente,  et que j'ai quelques CFA qui traînent (évidemment ce n'est pas gratuit), je m'évade : Ouest, Sud-Ouest, Nord, Sud.... J'avais établi en 2013 une checklist de lieux à visiter que je n'ai même pas encore terminée, en grande partie à cause de Boko Haram, et de ma voiture pas adaptée à certaines routes....

Ce weekend, j'ai enfin eu l'opportunité de me rendre dans un lieu dont on ne m'avait dit que du bien jusqu'à présent : Bota Beach House, à Limbe. A chaque fois que j'ai essayé de m'y rendre par le passé, il y a eu un couac : voyage annulé à la dernière minute, pas de chambres disponibles... Les photos, les retours d'amis plus que conquis avaient fini par transformer en obsession mon envie de se rendre à cet endroit...

Ce weekend, j'ai donc enfin pu réaliser ce fantasme. Et comme pour tout fantasme qui se réalise, il y a la déception inéluctable.
Vendredi, nous avons appelé pour réserver une de leurs chambres "normales" (à 50.000 francs la nuitée quand même), et avons appris avec un peu de dépit qu'elles étaient prises, et qu'il ne restait qu'une suite à 95.000 francs CFA. Comme j'étais vraiment en mode "ballin" et que j'avais absolument besoin de m'évader, j'ai insisté pour qu'on la prenne quand même.

Entre nous, à 95.000 francs la nuit, j'ai le droit de m'attendre à quelque chose de fabuleux non? En terme de cadre, d'infrastructures mais aussi d'aménagement... Pour la petite histoire, lors de mon dernier déplacement à Kribi, nous avons opté pour un Airbnb à 100.000 francs la nuitée,  avec 5 chambres, des douches ultra-modernes, des meubles dans un état impeccable et des lits douillets dans toutes les chambres.... Il ne manquait vraiment que la piscine. Je me suis donc dit qu'avec 95.000 francs, nous devrions être dans un cadre parfait.



Nous voici donc à Limbe. On note l'accès un peu difficile à la maison d'hôtes, mais je ne leur en tiens pas vraiment rigueur. Être situé en bord de mer généralement demande des sacrifices en termes d'accès. Je suis charmée à l'arrivée : jolie petite entrée, très boisée, gazon impeccablement tondu,   piscine avec en arrière plan la vue sur la mer, et surtout l'espace pour que les enfants courent et jouent.




A notre arrivée, il y a quelques clients qui sont dans la piscine et je remarque qu'elle est assez petite et ne peut pas vraiment être partagée... Qu'à cela ne tienne, j'aime le cadre. Nous devons d'abord prendre nos quartiers. Nous sommes accueillis par le gérant des lieux, qui nous guide vers notre suite.






Là, première GROSSE déception. Elle est minuscule. Vraiment minuscule. Je ne donne pas plus de 12m² pour le petit salon, pareil pour la chambre. Au salon, une grande télé et un canapé d'angle un peu vieillot. D'accord, elle donne vraiment sur la mer avec une grande baie vitrée mais la vue seule ne peut absolument pas justifier le tarif appliqué. Pire, le lit : un mètre sur un mètre quatre vingt. Alors imaginez deux adultes, un à 1m76 et l'autre à 1m90 qui doivent se serrer dessus. La moindre des choses aurait été un King Size Bed, mais on comprend vite que ça aurait été impossible vu la taille de la chambre. D'ailleurs dans la chambre, la télévision est minuscule. Une autre découverte très désagréable : Aucune des deux clims ne marche. Celle du salon crache de l'air en mode ventilateur, pendant que celle de la chambre s'arrête d'elle même toutes les deux minutes. Problème de tension on nous dit. Le problème sera résolu. Quand? Bientôt.


Jusque là, aucun de nous ne se plaint, malgré la chaleur cuisante et nous ouvrons juste grand les fenêtres pour laisser le vent entrer. Il faut dire que la semaine a été difficile et qu'on est même prêts à pardonner, pourvu qu'on ait un séjour agréable. La maison ne propose pas de cuisine, il faut donc commander à l'extérieur. C'est un point qui a été souligné à l'avance donc pas de mauvaise surprise et après avoir réussi à joindre le numéro du restaurant communiqué, nous décidons de profiter de la piscine désormais vide avec un couple d'amis qui nous a rejoints et qui crève de chaleur dans la suite, en espérant que les problèmes qui peuvent être résolus le seront durant le temps de détente. En précisant que nous nous rabattons sur la piscine parce que nous réalisons que nous avions tort en pensant qu'on disposerait d'une plage privée. Sur la piscine, rien à dire. En réalité, le cadre est l'atout principal de Bota Beach House. Si ce n'est le seul.

Après la piscine, je décide de prendre une douche. Je me rends compte que l'eau coule à peine et je le signale à une des employées de la maison. Elle me dit qu'elle va remettre la pression. Ok. Je décide donc de manger d'abord. C'est là que nous constatons qu'il n'y a aucun couvert à disposition, et qu'il faut tout demander, y compris les verres. Pas de soucis, nous demandons et on nous les apporte. Ils sont immédiatement TOUS emportés après utilisation, nous laissant perplexes : serons nous obligés systématiquement de boire à la trompette lorsque nous le voudrons? Ou faudra-t-il toujours fouiller toute la propriété pour trouver un employé qui pourra donner un verre?

Après avoir mangé et digéré, je veux enfin reprendre cette fameuse douche. Et l'eau ne coule toujours pas correctement. Je me débrouille donc comme je peux.
 J'aperçois le jaccuzzi dont je comptais bien profiter dans la soirée (à ce tarif!!!) et je demande à l'employé que je croise si il est utilisable, et il me répond non. Problèmes de tensions. Ok.

Entre temps, la clim ne marche toujours pas.

On parle toujours de 95.000 francs CFA la nuitée. Et aucun de nous ne s'est encore plaint.

Nous décidons autour de 17h d'aller profiter de Limbe. De retour autour de minuit, nous sommes accueillis par le responsable que nous avons vu à notre arrivé. Alors que je m'attends à ce qu'il nous présente des excuses pour les problèmes de la journée, il nous apostrophe plutôt sur le fait que nous avons utilisé la piscine avec des personnes extérieures à la maison, en insistant dessus. "We don't function like that". Très bien. Il nous raconte comment son patron était présent dans la journée et il a du nous faire passer pour ses invités pour que ces derniers ne demandent pas que nous payons un supplément.  Je lui demande si la clim et l'eau marchent, comme pour lui rappeler qu'en réalité, nous sommes très loin d'être satisfaits de ce qui nous est proposé, et là il nous répond sans aucune gêne : "bien sûr, vous aurez tellement froid que vous risquez de fuir la chambre". Pour le coup, j'ai vraiment décidé de rester tranquille. Je mourrais d'envie de lui dire que si j'avais su que les personnes que nous avions aperçues le matin étaient les propriétaires de la maison, je serais allée vers eux pour leur dire que le service était très en dessous des attentes pour les tarifs qu'ils pratiquaient. Et surtout, si ils avaient commis l'erreur hasardeuse de venir nous demander un supplément parce que deux invités étaient avec nous dans une piscine vide à cet instant, nous serions partis de leur maison sans le moindre état d'âme. A 95.000 francs la nuitée, je réitère, il y a un minimum qui est attendu et nous étions trop loin pour que ça soit sa première préoccupation.

On ne dit donc rien et on va se coucher, avec déjà la ferme conviction que c'était notre premier et dernier séjour à Bota Beach House. Effectivement, la clim de la chambre marche à notre arrivée mais pendant deux heures seulement. Après deux heures, le cirque de l'arrêt intempestif reprend. Donc autour de 5h du matin, la chaleur s'est à nouveau bien installée. Et pendant tout le temps, la clim du salon continue en mode ventilateur, un mode qu'elle n'a jamais quitté.

Le lendemain matin, le réveil n'est pas simple. Il faut dire que le lit, en plus d'être petit, n'a rien de confortable. Après la douche, nous n'avons même pas souhaité nous éterniser là et nous sommes préparés à partir directement. Surtout qu'il n'y avait évidemment pas moyen de prendre le petit déjeuner sur place. Sauf que pendant trente minutes, il a fallu chercher quelqu'un dans toute la maison pour payer, tous les employés étant vraisemblablement absents. C'est ainsi que nous nous sommes rendus compte en visitant l'intérieur que la maison est en fait la résidence secondaire d'une famille qui la rentabilise, avec les dépendances (les fameuses suites) en mettant en location. Et que les chambres à 50.000 francs CFA s'apparentaient à des chambres d'adolescent, avec une des chambres qui n'est même pas équipée d'une douche et dans laquelle les occupants sont obligés de sortir dans le couloir pour accéder à la salle de bains et aux toilettes.

Donc en gros, un airbnb à Limbe avec les tarifs du Hilton à Yaoundé. Merci bien.

J'avoue que j'ai été très désagréablement surprise. Comme je l'expliquais plus haut, je n'avais eu QUE des retours positifs sur cette maison d'hôtes, tellement positifs que j'ai fait fi des prix très (trop) élevés en me disant qu'il devait bien y avoir quelque chose de particulier. Mais j'ai constaté avec consternation qu'en dehors du cadre, le reste du service ne suivait pas du tout. Je ne sais pas si nous avons joué de malchance, ou si la notoriété de la maison commence à monter à la tête du gérant qui en oublie les services les plus élémentaires.

Dans tous les cas, avec l'essor des Airbnb au Cameroun, Bota Beach House va être obligée à terme de revoir sa politique, au niveau des tarifs ou niveau des services proposés. De plus en plus de personnes investissent dans des résidences secondaires et proposent des locations saisonnières. Si aujourd'hui, le choix en bord de mer reste limité à Limbe, je ne doute pas un seul instant que d'ici quelques années, il y en aura plus. Et personne n'acceptera de payer 95.000 francs pour ce que nous avons eu.
A Kribi, à titre d'exemple, une maison de cet acabit peut être trouvée autour de 150.000 à 200.000 francs la nuitée, et je parle de la maison entière, avec piscine et accès à une plage privée. Peut être que c'est fait exprès pour filtrer les visiteurs, mais dans tous les cas pour l'instant, le rapport qualité-prix est très mauvais. Pour la taille de la suite mise à notre disposition, un tarif de 60.000 francs maximum aurait été acceptable, et bien sûr sans les problèmes de climatisation et d'eau.

Je finis quand même sur une note positive, qui est le cadre à couper le souffle.... J'espère vraiment que le service va s'améliorer.